Chanko Nabe : Recette Authentique du Ragoût de Sumo

Chanko Nabe : Recette Authentique du Ragoût de Sumo

Le chanko nabe est le hot pot traditionnel des lutteurs de sumo japonais : un bouillon de carcasse de poulet riche, des tsukune moelleux, du tofu et des légumes de saison mijotés ensemble. Comptez 50 minutes de préparation active pour un plat complet, réconfortant, pensé pour nourrir plusieurs convives autour d’une même marmite. Je vous montre comment reproduire à la maison la structure servie dans les stables, sans les quantités industrielles d’une heya.

Cette recette est issue de mon livre Aki Fuyu.

Cet article peut contenir des liens affiliés. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

 

– Aller directement à la recette –

 

Envie de me retrouver plus facilement sur Google ? Ajoutez Oh mon Bento à vos sources préférées, ça prend 10 secondes.

 

Chanko Nabe : le Hot Pot des Rikishi, de la Stable à Votre Cuisine

Dans une heya du quartier de Ryōgoku, à six heures du matin, un gamin de dix-sept ans découpe vingt poulets pendant que ses aînés dorment encore. Il n’a pas choisi ce poste. Le chanko-ban – la corvée de cuisine – échoit systématiquement aux plus jeunes, aux nouveaux arrivés, à ceux qui n’ont pas encore gagné le droit de manger en premier. Et pourtant, c’est précisément là, entre deux marmites de bouillon qui fument et un tas de negi à émincer, que se transmet la recette. À voix basse. De main en main. D’une génération de lutteurs à la suivante.

Le chanko nabe occupe cette place singulière dans la cuisine japonaise : un plat sans recette écrite, sans proportions figées, dont la seule constante est l’abondance. Chaque stable garde sa version, jalousement. On parle de chanko-aji – le « goût de la stable » – comme d’une signature. Ce que je vais vous proposer ici, c’est la structure commune à toutes ces variantes, celle qui fait qu’un chanko nabe reste un chanko nabe, que vous cuisiniez pour deux ou pour douze.

 

Chanko nabe et sumo : l’histoire d’un plat de stable

Le mot chanko lui-même porte plusieurs étymologies. La plus répandue le fait dériver du chinois chǎnguō (炒鍋), la marmite à tout faire. Une autre, plus poétique, y lit chan (papa) et ko (enfant) – le plat du père nourricier pour ses enfants. Aucune n’est définitivement tranchée, et c’est peut-être ce qui convient le mieux à un plat qui, par nature, refuse la fixation.

Ce qui est documenté, c’est l’apparition du chanko nabe dans les stables de sumo à l’ère Meiji, fin du XIXᵉ siècle. Avant cela, les rikishi mangeaient ce qu’on leur donnait : riz, poisson séché, légumes marinés. La marmite commune change tout. Un seul feu, un seul bouillon, des dizaines de bouches nourries. L’économie de moyens dicte la forme, et la forme devient tradition.

Un détail que peu de sources francophones mentionnent : dans le jargon des écuries, le mot chanko désigne l’ensemble des repas préparés pour les lutteurs, pas uniquement le hot pot. Un curry, un plateau de sashimis, des sardines grillées – tout ce qui sort de la cuisine du chanko-ban est du chanko. Le hot pot est simplement le plat le plus pratique pour nourrir un collectif, celui qui s’impose naturellement par sa capacité d’adaptation. Le site officiel de la Japan Sumo Association documente cette vie quotidienne des stables, et la place centrale de la cuisine dans la formation des jeunes rikishi.

Le chanko-ban, ou comment la cuisine forge les jeunes rikishi

Dans la hiérarchie d’une heya, cuisiner n’est pas une punition – c’est un apprentissage. Le jeune lutteur qui tient la louche apprend à nourrir des corps de cent cinquante kilos, à gérer la cuisson de trente portions simultanées, à anticiper les besoins nutritionnels sans jamais peser un seul gramme. Le chanko-ban tourne, mais la mémoire du goût reste. Quand ce jeune devient sekitori, il emporte avec lui le chanko-aji de sa stable comme on emporte un accent régional.

Pourquoi le poulet et jamais le bœuf ? La règle des quatre pattes

Voici le détail qui surprend toujours : le chanko nabe traditionnel exclut le bœuf et le porc. La raison est symbolique. Un lutteur à quatre pattes sur le dohyō, c’est une défaite. Les animaux à quatre pattes – yotsu-ashi en japonais – sont donc bannis de la marmite du sumo. Le poulet, lui, se tient sur deux pattes. Comme un rikishi debout. Comme un vainqueur.

Cette règle, respectée scrupuleusement dans les stables, s’est assouplie dans les versions domestiques d’après-guerre. Aujourd’hui, un chanko nabe maison accepte volontiers du porc en fines lamelles. Mais la base, la vraie, celle qui structure le plat depuis cent cinquante ans, reste le poulet sous toutes ses formes : tsukune, cuisse désossée, et surtout carcasse pour le bouillon.

 

Composer le bouillon chanko : tori-gara, kombu et assaisonnement

Le bouillon d’un chanko nabe n’est pas un dashi clair. C’est un liquide de corps, légèrement voilé, porté par le collagène du poulet. La base authentique, celle des stables, c’est le tori-gara – les carcasses de poulet, avec leurs abattis, leurs ailerons, tout ce qui donne de la gélatine et de la profondeur. On parle ici d’un bouillon qui a de la mâche, qui tapisse la cuillère, pas d’une infusion légère de kombu.

Concrètement : comptez deux carcasses de poulet (environ 800 g) pour deux litres d’eau, plus un morceau de kombu de 15 g. Plongez les carcasses dans l’eau froide avec le kombu. Montez en température doucement sur 10 minutes. Retirez le kombu juste avant l’ébullition – c’est le même principe que pour les bases du dashi kombu-katsuobushi, mais appliqué à un bouillon de viande.

 

Bouillon Dashi - la pierre angulaire de la cuisine japonaise (hero2)
Bouillon Dashi – la pierre angulaire de la cuisine japonaise

 

Une fois l’ébullition atteinte, baissez immédiatement à feu moyen-doux. Et là, le geste qui conditionne tout : l’aku-nuki, le retrait de l’écume. Pendant les trois à cinq premières minutes, une mousse grisâtre, chargée de sang et d’impuretés, remonte à la surface. Retirez-la avec une écumoire, cuillerée par cuillerée, sans relâche. Si vous laissez passer ce créneau, les impuretés se réincorporent au liquide et le bouillon prend un goût métallique, trouble, qu’aucun assaisonnement ne masquera ensuite. Trois minutes d’attention au départ, et le bouillon reste net pendant toute la cuisson. C’est le genre de geste qu’on ne lit pas dans les recettes traduites, mais que n’importe quel chanko-ban vous montrera en deux secondes si vous lui demandez.

Après 30 à 40 minutes de frémissement doux, filtrez. Ajoutez 100 ml de saké, 80 ml de sauce soja, 60 ml de mirin et une pincée de sel. Certaines stables ajoutent une cuillère de miso blanc en fin de cuisson pour arrondir. D’autres préfèrent un trait de shiro dashi pour apporter l’umami sans troubler davantage la couleur. Les deux fonctionnent. Choisissez selon que vous voulez un bouillon ambré ou légèrement laiteux.

Un point qui mérite d’être dit : le chanko nabe se distingue ici nettement de l’oden hivernal, dont le bouillon reste clair et léger du début à la fin. Le chanko, lui, s’enrichit au fil de la cuisson. Chaque tsukune, chaque morceau de tofu, chaque poignée de légumes relâche quelque chose dans le liquide. Le bouillon du début n’est pas celui de la fin. C’est voulu. C’est même le cœur du plaisir.

 

L'oden est un plat d'hiver traditionnel japonais très populaire. Il s'agit d'un assortiment d'ingrédients mijotés longuement dans un bouillon clair appelé dashi (généralement à base d'algues kombu et de copeaux de bonite séchée).
L’oden est un plat d’hiver traditionnel japonais très populaire. Il s’agit d’un assortiment d’ingrédients mijotés longuement dans un bouillon clair appelé dashi (généralement à base d’algues kombu et de copeaux de bonite séchée).

 

Tsukune de poulet : le geste du kuuki-nuki qui change tout

Parlons du geste qui fait toute la différence. Les tsukune – ces boulettes de poulet haché qui constituent la protéine centrale du chanko nabe – demandent une préparation spécifique que les recettes francophones expédient souvent en trois lignes. Si vous avez déjà vu les tsukune en brochettes yakitori, vous connaissez la texture recherchée : dense, légèrement rebondissante, jamais spongieuse.

 

Le tsukune (つくね) désigne des boulettes de poulet haché japonaises, souvent façonnées en forme de brochettes et nappées d'une sauce yakitori sucrée-salée.
Le tsukune (つくね) désigne des boulettes de poulet haché japonaises, souvent façonnées en forme de brochettes et nappées d’une sauce yakitori sucrée-salée.

 

Prenez 400 g de cuisse de poulet désossée, hachée au couteau plutôt qu’au mixer pour garder de la mâche. Ajoutez un œuf, une cuillère à soupe de fécule de pomme de terre, une cuillère à café de gingembre râpé, une pincée de sel. Mélangez dans un seul sens, toujours le même, pendant environ deux minutes, jusqu’à obtenir une masse collante – les Japonais appellent cela nebari, cette résistance élastique sous les doigts qui signale que les protéines de myosine se sont alignées.

Vient ensuite le geste que les cuisiniers de stables pratiquent sans y penser : le kuuki-nuki, l’expulsion de l’air. Prenez la masse de viande dans une main, soulevez-la à une vingtaine de centimètres au-dessus du bol, et laissez-la tomber d’un coup sec contre le fond. Tataki-tsukeru – frapper, claquer. Répétez dix à quinze fois.

Ce geste expulse les bulles d’air emprisonnées dans le mélange. Sans cette étape, les poches d’air se dilatent à la cuisson, créent une pression interne, et les tsukune se fissurent ou prennent une texture alvéolée, spongieuse. Avec, la masse devient compacte, homogène, et conserve son jus à l’intérieur. Dix à quinze coups. Pas moins. La différence se sent immédiatement sous la paume : la masse passe d’aérée à dense, presque lourde.

Façonnez ensuite des boulettes de la taille d’une balle de golf – environ 4 cm de diamètre. Réservez au frais jusqu’au moment de les plonger dans le bouillon.

 

Le shiro dashi (白だし), qui se traduit par « bouillon blanc », est un concentré liquide de bouillon japonais extrêmement populaire et polyvalent.
Le shiro dashi (白だし), qui se traduit par « bouillon blanc », est un concentré liquide de bouillon japonais extrêmement populaire et polyvalent.

 

Quels légumes et tofu pour un chanko nabe de saison ?

Le chanko nabe n’impose pas de liste de légumes figée. Il impose une logique : des ingrédients qui tiennent la cuisson longue sans se déliter, et d’autres qui s’ajoutent en fin de parcours pour leur fraîcheur.

En base, toujours : du chou chinois (hakusai) coupé en tronçons de 4 cm, du negi (oignon vert japonais) en biseaux de 3 cm, du tofu ferme coupé en cubes de 3 cm, et des champignons – shiitake ou shimeji. Ce sont les piliers, présents dans toutes les stables, toutes les saisons.

Ensuite, la saison dicte. En automne, du shungiku (chrysanthème comestible) dont l’amertume légère coupe la richesse du bouillon. En hiver, du daikon en rondelles épaisses, cuit longuement. Au printemps, des asperges ou des fèves. En été, on allège : plus de tofu soyeux, moins de viande, davantage de légumes verts.

Le tofu mérite une mention. Utilisez les deux types : le ferme (momen) pour les cubes qui mijotent, le soyeux (kinu) que vous ajouterez dans les trois dernières minutes, juste le temps de le réchauffer sans le dissoudre. Cette dualité de textures – le ferme qui a bu le bouillon, le soyeux qui fond sur la langue – est un des plaisirs spécifiques du chanko nabe.

Si vous cherchez une structure de hot pot plus libre, plus « tout-ce-qu’il-y-a-dans-le-frigo », le yosenabe, hot pot familial par excellence, fonctionne sur un principe similaire avec une latitude encore plus grande sur les ingrédients. Le chanko nabe, lui, garde toujours ses tsukune et son bouillon de poulet comme colonne vertébrale.

 

Le yosenabe (寄せ鍋) est l'une des fondues japonaises (nabemono) les plus populaires et conviviales, traditionnellement dégustée en hiver.
Le yosenabe (寄せ鍋) est l’une des fondues japonaises (nabemono) les plus populaires et conviviales, traditionnellement dégustée en hiver.

 

Le shime : udon ou zōsui, comment finir le bouillon

Un chanko nabe ne s’arrête pas quand les ingrédients sont cuits. Il s’arrête quand le bouillon est fini. C’est le shime – la clôture – et c’est peut-être le moment le plus attendu du repas.

Deux options dominent. La première : des nouilles udon fraîches, plongées trois minutes dans le bouillon restant, qui ont absorbé toute la richesse de la cuisson. La seconde, plus traditionnelle dans les stables : un zōsui réconfortant, riz cuit rincé à l’eau froide puis mijoté cinq minutes dans le bouillon avec un œuf battu versé en filet. Le riz gonfle, épaissit, transforme le liquide en une sorte de porridge savoureux. Dans les stables, c’est souvent le shime préféré parce qu’il ne gaspille rien. Pas une goutte.

Pour le riz du zōsui, la cuisson préalable compte. Un riz trop collant donnera une bouillie. Un riz trop sec restera granuleux. Si vous n’êtes pas sûr de votre technique, mon guide sur la cuisson du riz rond japonais détaille chaque étape, rinçage compris.

 

Le Zōsui (雑炊) est une soupe de riz japonaise traditionnelle, réconfortante et légère, préparée à base de riz précuit mijoté dans un bouillon dashi assaisonné.
Le Zōsui (雑炊) est une soupe de riz japonaise traditionnelle, réconfortante et légère, préparée à base de riz précuit mijoté dans un bouillon dashi assaisonné.

 

Adapter le chanko nabe à la maison sans le dénaturer

Les stables cuisinent pour trente, quarante personnes. Vous cuisinez pour deux, quatre, six peut-être. La tentation est grande de tout diviser mécaniquement. Résistez.

Ce qui doit changer, c’est la quantité. Ce qui ne doit pas changer, c’est la structure : un bouillon de tori-gara généreux, des tsukune en nombre suffisant pour parfumer ce bouillon, des légumes ajoutés par vagues successives. Pour quatre personnes, comptez deux litres de bouillon, deux carcasses de poulet, huit à dix tsukune, un demi-chou chinois, trois negi, un bloc de tofu ferme et un de tofu soyeux, une poignée de champignons. C’est déjà un repas complet.

La cuisson se fait sur un réchaud de table, idéalement. Le chanko nabe est un plat vivant : on plonge, on attend, on mange, on replonge. Pas de service à l’assiette. Chacun se sert dans la marmite commune avec ses propres baguettes – ou des baguettes de service, selon votre degré de formalisme.

Pour tremper les ingrédients cuits, deux écoles. La première, puriste : rien. Le bouillon suffit. La seconde, plus courante à la maison : une sauce ponzu maison, relevée d’une pointe de yuzu koshō pour ceux qui aiment le piquant citronné. Et pour les amateurs de chaleur sèche, un tour de shichimi tōgarashi directement dans le bol fonctionne très bien sur les tsukune.

Une précision sur la température du bouillon pendant la cuisson : visez le futsufutsu, ce frémissement doux où de petites bulles montent du fond sans éclater violemment en surface. Concrètement, autour de 90 °C. Un bouillon à gros bouillons saisit l’extérieur des tsukune trop vite, emprisonne la vapeur à l’intérieur, et les fait éclater malgré le kuuki-nuki. À 90 °C, six à sept minutes suffisent pour une cuisson à cœur homogène. Si vous n’avez pas de thermomètre, le repère visuel est simple : la surface du bouillon doit trembler, pas bouillonner.

Le chanko nabe se rapproche ici du mizutaki de Hakata, autre hot pot au poulet où la douceur du bouillon prime sur l’assaisonnement. La différence tient à l’abondance et à la base : le mizutaki utilise un bouillon de poulet très clair, presque épuré. Le chanko, lui, assume la richesse du tori-gara, le collagène, la générosité. Il est pensé pour remplir.

 

Le mizutaki (水炊き) est une fondue japonaise traditionnelle (nabemono) originaire de la région de Fukuoka (Hakata), sur l'île de Kyūshū.
Le mizutaki (水炊き) est une fondue japonaise traditionnelle (nabemono) originaire de la région de Fukuoka (Hakata), sur l’île de Kyūshū.

 

Chanko nabe et saisons : un plat d’hiver qui se réinvente

Le chanko nabe est un plat d’octobre à mars, quand les stables sont en pleine saison de tournois et que les corps ont besoin de chaleur et de calories. Mais les versions estivales existent, surtout dans les foyers : plus légères, plus végétales, avec davantage de tofu soyeux et de légumes verts, moins de tsukune. On parle alors de natsu chanko – un oxymore assumé.

En hiver, le chanko nabe dialogue naturellement avec les autres grands plats mijotés japonais. Si vous avez déjà pratiqué l’oden ou le nikujaga, vous retrouverez cette même logique du bouillon qui nourrit les ingrédients et que les ingrédients nourrissent en retour. Le chanko pousse cette logique plus loin, parce que la quantité est plus grande et que le temps de table est plus long. Pour ceux qui cherchent une alternative au lait de soja, le tonyu nabe offre une onctuosité végétale intéressante, mais on s’éloigne alors du registre sumo.

 

Le Tonyu Nabe (豆乳鍋) est une fondue japonaise (hot pot) réconfortante préparée dans un bouillon crémeux à base de lait de soja (tōnyū) et de dashi, souvent aromatisé au miso et au sésame.
Le Tonyu Nabe (豆乳鍋) est une fondue japonaise (hot pot) réconfortante préparée dans un bouillon crémeux à base de lait de soja (tōnyū) et de dashi, souvent aromatisé au miso et au sésame.

 

Chanko nabe au miso rouge : la variante de Nagoya

Le miso rouge – aka miso – transforme radicalement le profil du chanko nabe. Là où la version classique au bouillon tori-gara joue sur la clarté et la profondeur du collagène, l’aka miso apporte une densité presque terreuse, une amertume fermentaire qui tapisse le palais. C’est la signature de la région d’Aichi, autour de Nagoya, où le miso rouge structure toute la cuisine locale – on le retrouve dans le miso nikomi udon, le miso katsu, et jusque dans les marinades de légumes.

 

miso nikomi udon - nouilles udon épaisses mijotées directement dans un bouillon chaud au miso rouge
miso nikomi udon – nouilles udon épaisses mijotées directement dans un bouillon chaud au miso rouge

 

La structure du chanko nabe ne change pas : mêmes tsukune, mêmes légumes, même shime. C’est l’assaisonnement du bouillon qui bascule. Remplacez la sauce soja et le mirin par 3 à 4 cuillères à soupe d’aka miso dilué. Et c’est là que le geste compte : le miso ne se porte jamais à ébullition.

Au-delà de 80 °C, les composés aromatiques volatils se dissipent et les bactéries lactiques encore vivantes dans un miso non pasteurisé sont détruites. Concrètement, cela signifie que vous coupez le feu sous la marmite, vous prélevez une louche de bouillon chaud dans un bol, vous y dissolvez le miso en l’écrasant à travers une passoire fine – le miso koshi – puis vous reversez le mélange dans la marmite hors du feu. Jamais l’inverse. Jamais le miso jeté directement dans un bouillon qui bout.

Le résultat est un bouillon opaque, ambré foncé, avec une longueur en bouche que le shōyu seul n’atteint pas. Les tsukune y gagnent un glaçage naturel en surface. Le shime, en revanche, fonctionne mieux avec des udon qu’avec un zōsui : le riz a tendance à absorber l’amertume du miso rouge et à la concentrer.

Si vous hésitez entre les variétés, mon guide complet du miso détaille les différences entre aka, shiro et awase. Pour un chanko nabe, privilégiez un aka miso de type hatchō miso ou mame miso, fermenté au minimum dix-huit mois. Les versions industrielles à fermentation rapide manquent de la profondeur nécessaire pour tenir face au tori-gara.

 

Guide complet du miso - variétés, choix et secrets japonais
Guide complet du miso – variétés, choix et secrets japonais

 

FAQ : vos questions sur le chanko nabe

Quelle est la différence entre le chanko nabe et un nabe classique ?

Le nabe est une famille – une technique de cuisson en marmite commune. Le chanko nabe en est un membre spécifique, défini par trois marqueurs : la présence obligatoire de tsukune de poulet, l’absence traditionnelle de viande à quatre pattes, et l’abondance assumée des proportions. Un shabu shabu est aussi un nabe, mais sa logique est inverse : finesse des tranches, rapidité de cuisson, bouillon presque neutre. Le chanko, lui, mijote et accumule.

 

Le shabu-shabu est une fondue japonaise conviviale et légère composée de très fines lamelles de viande et de légumes cuites à la demande dans un bouillon chaud.
Le shabu-shabu est une fondue japonaise conviviale et légère composée de très fines lamelles de viande et de légumes cuites à la demande dans un bouillon chaud.

 

Peut-on remplacer le poulet par du poisson dans le chanko nabe ?

Oui, et c’est même historiquement cohérent. Avant la standardisation autour du poulet, certaines stables côtières utilisaient du cabillaud, du saumon ou des fruits de mer. Le tsukune peut être réalisé avec de la chair de poisson blanc hachée, en appliquant le même kuuki-nuki. Le bouillon reste identique dans sa structure. La règle yotsu-ashi est respectée, et le résultat est plus léger – intéressant pour une version estivale.

Combien de temps se conserve le bouillon chanko ?

Le bouillon seul, filtré, se garde deux jours au réfrigérateur dans un contenant hermétique. Les tsukune cuits, une journée maximum. En revanche, le bouillon du lendemain – celui qui a absorbé toutes les saveurs de la veille – est considéré comme supérieur au Japon. Réchauffez-le doucement, sans bouillir, et ajoutez des légumes frais pour un second service.

Quel accompagnement servir avec un chanko nabe ?

Traditionnellement, rien. Le chanko nabe se suffit. Mais si vous recevez et souhaitez un élément supplémentaire, un bol de riz blanc nature et quelques pickles – tsukemono – suffisent. Évitez les accompagnements riches qui concurrenceraient le bouillon. Pour un contraste de texture, un petit bol de tonjiru peut fonctionner en ouverture, mais c’est déjà beaucoup.

 

Le tonjiru (ou butajiru, signifiant « soupe de porc ») est une soupe japonaise réconfortante à base de poitrine de porc, de légumes racines variés et d'un bouillon aromatisé au miso et au dashi.
Le tonjiru (ou butajiru, signifiant « soupe de porc ») est une soupe japonaise réconfortante à base de poitrine de porc, de légumes racines variés et d’un bouillon aromatisé au miso et au dashi.

 

Le chanko nabe est-il réellement un plat pour prendre du poids ?

C’est sa fonction dans les stables, où les rikishi en consomment des quantités massives – parfois trois bols par repas, deux fois par jour – suivis d’une sieste qui favorise le stockage. À la maison, en portions normales, le chanko nabe est un plat complet et équilibré : protéines, légumes, glucides via le shime. Rien d’un régime hypercalorique forcé. C’est la quantité, pas la recette, qui fait la prise de masse.

Peut-on préparer le chanko nabe à l’avance ?

Le bouillon de tori-gara, oui – la veille, il n’en sera que meilleur, les saveurs se stabilisent au froid. Les tsukune peuvent être façonnés crus et conservés au frais quelques heures sous film. En revanche, les légumes se coupent au dernier moment pour éviter l’oxydation, et le tofu soyeux ne s’ajoute qu’en toute fin de cuisson. Le chanko nabe reste un plat de l’instant, de la marmite à la bouche.

Peut-on faire un chanko nabe végétarien ?

On peut, mais il faut être honnête : on s’éloigne de la tradition des stables, où le poulet structure tout, du bouillon aux tsukune. Pour une version végétarienne, remplacez le tori-gara par un dashi kombu-shiitake bien concentré (30 g de kombu, 6 shiitake séchés réhydratés, 2 litres d’eau, infusion à froid une nuit).

Les tsukune disparaissent ou se réinventent en boulettes de tofu ferme écrasé, mélangé à de la fécule et du gingembre. L’aburaage – tofu frit en poche – apporte la mâche qui manquerait autrement. Le reste de la structure tient : légumes de saison, tofu soyeux en fin de cuisson, shime au riz ou à l’udon. Ce n’est plus un chanko de heya. C’est une adaptation légitime, savoureuse, mais qui assume sa distance avec l’original.

Retrouvez cette recette et bien d’autres spécialités réconfortantes dans mon livre Aki Fuyu : Cuisine Japonaise d’Automne et d’Hiver.

livre de recettes japonaises - AKI FUYU
Mon livre de recettes japonaises d’automne et d’hiver – AKI FUYU
Le chanko nabe (ou chankonabe) est un ragoût japonais traditionnel mijoté en marmite, consommé en grande quantité par les lutteurs de sumo pour prendre de la masse et faire le plein de force.

Chanko Nabe (Hot Pot des Sumo)

chanko nabe,hot pot japonais sumo,tsukune de poulet,nabe,ragoût de SumoJeff | Ohmonbento
Le hot pot généreux des lutteurs de sumo : bouillon de carcasse de poulet riche en collagène, tsukune moelleux, légumes de saison et tofu. Un plat complet, convivial, pensé pour la table partagée.
Temps de préparation 35 minutes
Temps de cuisson 40 minutes
Temps total 1 heure 15 minutes
Type de plat Plat principal, soupe
Cuisine Japonaise
Portions 4 personnes
Calories 450 kcal

Equipment

  • 1 1 grande marmite ou donabe (marmite en terre) d'au moins 3 litres
  • 1 1 réchaud de table (optionnel mais recommandé)
  • 1 1 écumoire fine
  • 1 1 bol pour le mélange des tsukune

Ingrédients
  

  • 2 carcasses de poulet (environ 800 g), avec ailerons et abattis
  • 2 l d'eau froide
  • 15 g de kombu séché
  • 100 ml de saké
  • 80 ml de sauce soja
  • 60 ml de mirin
  • 1 c. à café de sel
  • 400 g de cuisse de poulet désossée, hachée au couteau
  • 1 œuf
  • 1 c. à soupe de fécule de pomme de terre
  • 1 c. à café de gingembre frais râpé
  • 1 pincée de sel
  • 300 g de chou chinois (hakusai), coupé en tronçons de 4 cm
  • 3 negi (oignons verts japonais), coupés en biseaux de 3 cm
  • 200 g de tofu ferme (momen), coupé en cubes de 3 cm
  • 150 g de tofu soyeux (kinu)
  • 150 g de champignons shimeji ou shiitake
  • 100 g de shungiku (chrysanthème comestible) ou épinards
  • 200 g de nouilles udon fraîches
  • ou 150 g de riz rond japonais cuit + 1 œuf

Instructions
 

  • Préparez le bouillon tori-gara : placez les carcasses de poulet et le kombu dans les 2 litres d'eau froide. Chauffez doucement sur 10 minutes. Retirez le kombu juste avant l'ébullition. Portez à ébullition, puis baissez immédiatement à feu moyen-doux.
  • Retirez l'écume (aku-nuki) avec une écumoire pendant 3 à 5 minutes, sans relâche, jusqu'à ce que la surface soit nette. Laissez frémir doucement 30 à 40 minutes. Filtrez le bouillon.
  • Assaisonnez le bouillon filtré : remettez-le dans la marmite propre, ajoutez le saké, la sauce soja, le mirin et le sel. Portez à frémissement doux. Maintenez à feu moyen-doux.
  • Préparez les tsukune : mélangez le poulet haché, l'œuf, la fécule, le gingembre et le sel dans un bol. Tournez toujours dans le même sens pendant 2 minutes jusqu'à obtenir une masse collante (nebari). Soulevez la masse à 20 cm au-dessus du bol et laissez-la tomber d'un coup sec (tataki-tsukeru). Répétez 10 à 15 fois pour expulser l'air (kuuki-nuki). Façonnez 8 à 10 boulettes de 4 cm de diamètre.
  • Plongez les tsukune dans le bouillon frémissant (environ 90 °C, surface tremblante mais sans gros bouillons). Laissez cuire 6 à 7 minutes sans remuer.
  • Ajoutez le chou chinois, les negi et les champignons. Laissez mijoter 5 minutes.
  • Incorporez le tofu ferme en cubes. Poursuivez la cuisson 3 minutes.
  • Ajoutez le tofu soyeux en grosses cuillerées et le shungiku. Laissez 2 minutes, juste le temps de réchauffer. Servez directement depuis la marmite.
  • Pour le shime : une fois les ingrédients terminés, plongez les udon 3 minutes dans le bouillon restant, ou ajoutez le riz cuit rincé avec un œuf battu versé en filet. Laissez épaissir 5 minutes.

Notes

- Le kuuki-nuki (tataki-tsukeru) est indispensable pour une texture ferme et non spongieuse. Ne sautez pas cette étape.
- L'aku-nuki dans les 3 premières minutes du bouillon est crucial : au-delà, les impuretés se réincorporent et le goût devient métallique.
- Le bouillon du lendemain est encore meilleur : filtrez, réfrigérez, réchauffez doucement avec des légumes frais.
- Pour une version plus légère, remplacez la moitié du poulet par du poisson blanc haché.
- Le shungiku peut être remplacé par des épinards ou du cresson hors saison.
- Ne faites jamais bouillir à gros bouillons une fois les tsukune dans la marmite : ils éclateraient malgré le kuuki-nuki.
Keyword bouillon poulet, chanko nabe, hot pot sumo, nabe japonais, tori-gara, tsukune poulet


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Recipe Rating