Shabu Shabu : Recette Authentique de la Fondue Japonaise

Shabu Shabu : Recette Authentique de la Fondue Japonaise

Le shabu shabu est une recette japonaise de fondue nabe où de fines tranches de viande sont agitées quelques secondes dans un bouillon kombu frémissant. Comptez 20 minutes de préparation et 15 minutes de cuisson à table, directement dans le pot. Idéal pour un repas d’hiver convivial, accompagné de riz blanc et de légumes de saison.

Cette recette est issue de mon livre Aki Fuyu.

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Shabu Shabu : trois secondes d’immersion qui décident de tout

Le sukiyaki caramélise, laque, empile les saveurs dans une sauce warishita dense et complexe. Le shabu shabu, lui, retire. Un morceau de kombu dans de l’eau, une tranche de viande si fine qu’on devine le grain de la table à travers, trois secondes d’immersion. Le contraste entre les deux grandes fondues japonaises tient en une direction fondamentale : l’une ajoute, l’autre soustrait. Et c’est précisément dans cette soustraction que le shabu shabu trouve sa puissance. Chaque convive devient responsable de sa propre cuisson, baguettes en main, devant un bouillon qui n’a rien à cacher.

 

Sauce warishita qui frémit dans une marmite en fonte japonaise posée sur un réchaud.
La sauce warishita, épine dorsale du sukiyaki version Kantō 

 

J’ai mis du temps à saisir que la recette du shabu shabu ne commence ni à la casserole, ni à l’étal du boucher. Elle commence au moment où le nabe se pose au centre de la table, où chacun attrape ses baguettes et décide, seul, du degré exact de rosé qu’il veut dans son assiette. C’est une fondue japonaise au sens le plus littéral du terme : un bouillon minimal, une matière première d’une finesse presque indécente, et un rituel collectif qui dure aussi longtemps que la conversation. Quand le vent d’hiver souffle dehors et que la buée recouvre les fenêtres, partager un shabu shabu est l’expérience ultime de la cuisine familiale japonaise, la katei ryōri.

 

Une onomatopée devenue fondue nationale

L’histoire du restaurant Suehiro à Osaka

Le plat naît à Osaka en 1952, au restaurant Suehiro, qui dépose la marque « shabu shabu » quelques années plus tard. Le mot lui-même n’est pas un nom propre : c’est une onomatopée, le frou-frou liquide d’une tranche de viande qu’on agite doucement dans l’eau frémissante. Pas un plongeon. Pas une immersion brutale. Un va-et-vient souple, latéral, qui dure le temps d’un soupir.

 

L'oden est un plat d'hiver traditionnel japonais très populaire. Il s'agit d'un assortiment d'ingrédients mijotés longuement dans un bouillon clair appelé dashi (généralement à base d'algues kombu et de copeaux de bonite séchée).
L’oden est un plat d’hiver traditionnel japonais très populaire. Il s’agit d’un assortiment d’ingrédients mijotés longuement dans un bouillon clair appelé dashi (généralement à base d’algues kombu et de copeaux de bonite séchée).

 

Du shuàn yángròu au shabu shabu

L’inspiration initiale vient du shuàn yángròu chinois, ce pot-au-feu du nord de la Chine où de fines lamelles d’agneau sont cuites dans un bouillon aromatique au gingembre et à la ciboule, puis trempées dans une sauce au sésame. L’adaptation japonaise est radicale et témoigne d’un virage culturel majeur dans l’archipel. Le mouton cède la place au bœuf et au porc, le bouillon parfumé se réduit à de l’eau et un morceau de kombu, la sauce unique se scinde en deux accompagnements distincts, le ponzu et la goma-dare. Ce que le modèle chinois construit par accumulation d’aromates, le shabu shabu l’obtient par la qualité brute du produit et la précision du geste.

Dans les années 1960, le plat migre vers Tokyo et s’impose dans les nabe-ya, ces restaurants spécialisés en pot-au-feu japonais. Chaque région développe ses variantes en fonction de son terroir. Le porc remplace le bœuf dans les zones d’élevage porcin du Kyūshū, le canard apparaît dans certaines maisons, le fugu s’invite dans les établissements haut de gamme d’Osaka sous le nom de tecchiri. Le shabu shabu devient un format, un cadre dans lequel chaque préfecture glisse son produit phare pour en révéler la pureté.

Aujourd’hui, le nabe japonais se décline en hiver dans les foyers comme dans les izakayas. Il voisine avec l’oden, le pot-au-feu d’hiver des konbini, avec le mizutaki de Hakata et son bouillon de poulet laiteux, avec le tonyū nabe au lait de soja, ou encore avec le mizore nabe et sa montagne de daikon râpé. Mais le shabu shabu reste, de tous, le plus dépouillé. Le plus exigeant dans sa nudité.

Le mizutaki (水炊き) est une fondue japonaise traditionnelle (nabemono) originaire de la région de Fukuoka (Hakata), sur l'île de Kyūshū.
Le mizutaki (水炊き) est une fondue japonaise traditionnelle (nabemono) originaire de la région de Fukuoka (Hakata), sur l’île de Kyūshū.

Pourquoi s’obstiner avec une simple algue dans de l’eau ?

Mais alors, pourquoi s’obstiner avec une simple algue dans de l’eau, quand un bouillon de volaille ou de poisson donnerait immédiatement plus de corps ? La réponse réside dans la philosophie même du plat. Le bouillon du shabu shabu n’est pas une soupe que l’on boit pour elle-même en début de repas. C’est un milieu de cuisson, une toile vierge destinée à transférer la chaleur sans imposer sa propre voix. Si le bouillon est trop marqué, il masque la subtilité du gras de la viande et la douceur naturelle des légumes d’hiver.

La chimie du kombu

La base du shabu shabu tient en deux ingrédients : de l’eau et un morceau de kombu. Le geste correct consiste à poser le kombu dans l’eau froide, à allumer à feu doux, et à retirer l’algue dès que de petites bulles de 2 à 3 mm apparaissent au fond de la casserole, autour de 60 °C. À ce stade précis, l’acide glutamique, responsable de l’umami, est extrait de manière optimale.

 

Le Tonyu Nabe (豆乳鍋) est une fondue japonaise (hot pot) réconfortante préparée dans un bouillon crémeux à base de lait de soja (tōnyū) et de dashi, souvent aromatisé au miso et au sésame.
Le Tonyu Nabe (豆乳鍋) est une fondue japonaise (hot pot) réconfortante préparée dans un bouillon crémeux à base de lait de soja (tōnyū) et de dashi, souvent aromatisé au miso et au sésame.

 

Si vous laissez l’algue au-delà de ce seuil, les acides alginiques commencent à se dissoudre. Le bouillon devient alors trouble, légèrement visqueux, avec une amertume végétale qui ruine la délicatesse de la viande. Les cuisiniers japonais décrivent ce moment simplement : futtō suru mae ni kombu wo hikiageru, soit retirer le kombu avant l’ébullition. Pas de mystère, juste un repère visuel clair.

Un détail que j’ai mis du temps à intégrer concerne le temps d’infusion à froid. Ne laissez jamais le kombu infuser plus de 30 minutes, même à température ambiante. Au-delà, les mucilages se dissolvent indépendamment de la chaleur. Si vous préparez le bouillon la veille, infusez 20 minutes à froid, retirez l’algue, puis stockez le liquide au réfrigérateur.

Le kombu fait partie de ces 40 ingrédients japonais essentiels qui structurent toute la cuisine de l’archipel. Si vous souhaitez un bouillon légèrement plus structuré, une rondelle de daikon ou un morceau de poireau peut entrer dans la composition. Mais c’est facultatif. Le dashi traditionnel au katsuobushi n’a absolument pas sa place ici : la bonite séchée apporterait une saveur fumée et marine trop marquée qui entrerait en conflit avec la viande. Pour ceux qui cherchent une variante plus rapide, un shiro dashi léger dilué à 1:8 peut fonctionner, mais vous perdez cette limpidité cristalline qui fait tout le charme du shabu shabu.

 

Le mizore nabe est un plat chaud japonais (nabe) d'hiver, caractérisé par l'ajout généreux de radis daikon râpé qui ressemble à de la neige fondue.
Le mizore nabe est un plat chaud japonais (nabe) d’hiver, caractérisé par l’ajout généreux de radis daikon râpé qui ressemble à de la neige fondue.

 

Le donabe et l’inertie thermique

Le choix du contenant est tout aussi crucial que celui du bouillon. Traditionnellement, le shabu shabu se prépare dans un donabe, un pot en terre cuite émaillée qui fait partie des ustensiles japonais indispensables. Contrairement aux casseroles en métal qui réagissent instantanément aux variations de la flamme, la terre cuite possède une inertie thermique exceptionnelle. Elle monte en température lentement, maintient un frémissement régulier même lorsque le feu est baissé au minimum, et restitue la chaleur longtemps après avoir été retirée de la source. Cette stabilité est indispensable pour garder le bouillon dans la zone thermique idéale, sans jamais basculer dans l’ébullition violente.

 

Trois secondes pour trancher le sort de la viande

L’épaisseur shabu shabu-yō

La viande doit être tranchée à 1,5 mm d’épaisseur. Pas 2 mm, pas 3 mm. À 1,5 mm, la chaleur pénètre la tranche en trois secondes d’immersion. Au-delà, le centre reste froid et la mastication devient laborieuse ; en deçà, la viande se désagrège entre les baguettes et perd toute texture. Les boucheries japonaises vendent des tranches pré-découpées étiquetées shabu shabu-yō, encore plus fines que le standard usugiri (tranche fine) qu’on utilise pour le sukiyaki, son pendant sucré-salé.

Le choix du morceau dicte l’expérience en bouche. Le rosu (faux-filet ou entrecôte) est parcouru de fines veines de gras, le sashi. Ce gras fond instantanément au contact de l’eau chaude, enrobant les fibres musculaires d’un velouté incomparable. Le momo (rumsteck ou cuisse), plus maigre, offre une mâche plus ferme et un goût de viande plus prononcé, mais pardonne moins la surcuisson. Si vous tranchez vous-même, placez la viande 30 minutes au congélateur avant la découpe : la lame glisse mieux, les tranches restent régulières et le gras ne s’écrase pas sous la pression du couteau.

 

Sukiyaki japonais traditionnel dans une marmite avec bœuf émincé, tofu grillé, shiitake, champignons enoki et légumes.
Le Sukiyaki traditionnel, un plat convivial japonais de bœuf et de légumes mijotés dans une sauce savoureuse.

 

Le frémissement futsu futsu

Voici le point sur lequel j’insiste auprès de tous ceux qui me demandent comment réussir leur shabu shabu : le bouillon doit rester au stade futsu futsu. Ce terme onomatopéique désigne ce frémissement doux où de petites bulles remontent paresseusement à la surface, sans jamais crever en éclaboussant. Jamais une ébullition franche. Un bouillon à gros bouillons agite les tranches, contracte violemment les fibres de la viande et expulse le jus en quelques secondes. Le résultat est sans appel : une texture caoutchouteuse et un bouillon troublé par les protéines coagulées. Maintenez un feu moyen-doux. Si l’ébullition menace lorsque vous ajoutez des légumes froids, retirez le nabe du réchaud quelques secondes.

La règle des 80 %

Saisissez la tranche avec les baguettes, dépliez-la délicatement. Ne la laissez jamais se replier sur elle-même en paquet, sinon le cœur coincé entre deux épaisseurs reste cru tandis que l’extérieur durcit. Immergez-la dans le centre du nabe, là où le frémissement est le plus actif, et agitez doucement de gauche à droite. Pour le bœuf, comptez trois secondes. Pour le porc, cinq secondes suffisent.

Retirez la viande quand elle a changé de couleur à 80 %. Pas à 100 %. Le rose résiduel disparaît en deux secondes hors du bouillon, par cuisson résiduelle. C’est le détail qui sépare un shabu shabu correct d’un shabu shabu vraiment soyeux. Si vous attendez le brunissement complet dans le nabe, la protéine se contracte, expulse son jus, et la texture devient sèche. La viande continue de cuire dans votre coupelle de sauce, il faut donc anticiper ce transfert de chaleur.

L’écumage, geste d’entretien

Entre chaque série de tranches, une mousse grisâtre se forme à la surface. Retirez-la avec une petite écumoire. Les Japonais appellent ce geste aku wo toru, soit retirer l’âcreté. Il garantit la limpidité du bouillon, une condition sine qua non pour la clarté des saveurs et pour le zōsui final. Négliger l’écumage, c’est accepter un bouillon qui se trouble progressivement, s’alourdit et perd sa netteté en bouche.

 

Ponzu, goma-dare et momiji oroshi à table

Un shabu shabu sans ses deux sauces, c’est un bol de riz sans accompagnement. Le ponzu et la goma-dare sont posés sur la table, et chacun alterne selon l’envie, le morceau, le moment du repas. Cette dualité permet de ne jamais saturer les papilles.

Je prépare ma recette de ponzu maison avec du jus de yuzu et de sudachi, un trait de vinaigre de riz et une base de shōyu léger. Le résultat est plus lumineux que les versions industrielles, avec cette pointe d’amertume d’agrume qui nettoie le palais entre deux bouchées riches en gras. L’acidité du ponzu agit comme un coupe-faim naturel, relançant l’appétit pour la tranche suivante.

La goma-dare mérite la même attention. La goma-dare au sésame que je prépare systématiquement démarre avec ma pâte de sésame maison, le nerigoma, que je broie au mortier jusqu’à obtenir une texture presque liquide. Le sésame blanc, torréfié huit minutes à sec dans une poêle, libère un arôme de noisette grillée que le sésame du commerce n’atteint jamais. On y ajoute un peu de mirin, de sauce soja et parfois une pointe de moutarde japonaise (karashi) pour relever l’ensemble.

 

Sauce Goma Dare (胡麻だれ) au sésame
Sauce Goma Dare (胡麻だれ) au sésame

 

À côté de ces deux piliers, un petit bol de momiji oroshi apporte une chaleur douce pour ceux qui veulent relever sans masquer. Il s’agit de daikon râpé mélangé à une pincée de piment rouge. Son nom vient de la couleur orangée qui rappelle les feuilles d’érable d’automne. Déposé en petite touche sur la viande juste avant de la porter à la bouche, il apporte une fraîcheur piquante qui contraste avec la chaleur du bouillon. Pour ceux qui préfèrent une touche plus parfumée, le yuzu kosho traditionnel remplit le même rôle avec une dimension citronnée supplémentaire. Une pointe de shichimi togarashi sur le riz ou directement dans la coupelle de ponzu est aussi une option très courante à table.

 

Shichimi togarashi 七味唐辛子 - piment aux sept saveurs
Shichimi togarashi 七味唐辛子 – piment aux sept saveurs

 

L’ordre d’entrée des légumes et du tofu

Les légumes ne se jettent pas en vrac dans le pot. La gestion du nabe ressemble à la gestion d’un grill : il faut connaître les zones de chaleur. Commencez par les légumes les plus denses, comme la carotte, le daikon et les côtes épaisses du chou napa. Placez-les sur le bord du nabe, là où le frémissement est doux et régulier. Ils ont besoin de temps pour s’attendrir et libérer leurs sucres dans le bouillon, ce qui enrichira progressivement le liquide pour les cuissons suivantes.

Le centre du pot, où l’activité thermique est plus vive, reste réservé à la viande et aux ingrédients à cuisson rapide. Les feuilles vertes, comme le shungiku (chrysanthème comestible), les épinards ou le poireau émincé, entrent en dernier. Trente secondes d’immersion suffisent pour les flétrir tout en gardant leur couleur vive et leur croquant.

Le tofu soyeux (kinugoshi-dōfu), coupé en cubes de 3 cm, entre après les légumes denses. Il absorbe le bouillon sans le troubler et apporte une texture crémeuse qui contraste avec la mâche du chou napa. Sa présence dans le shabu shabu domestique est quasi systématique, même si certains restaurants haut de gamme le retirent pour pousser l’épure encore plus loin. Les champignons, qu’il s’agisse de shiitake, d’enoki ou de shimeji, trouvent leur place à mi-cuisson, parfumant le bouillon de leurs notes boisées.

Cette gestion rigoureuse des zones thermiques dans un même pot évite de retrouver un chou napa détrempé et défait pendant que vous cuisez votre troisième tranche de bœuf. Chaque ingrédient a sa place, son moment, sa durée.

 

Que faire du bouillon restant ?

Quand la dernière tranche de viande a disparu et que les légumes ont été repêchés, il reste au fond du donabe un bouillon chargé de saveurs. C’est désormais un concentré d’umami, enrichi par le gras de la viande, les sucres du chou napa et les arômes des champignons. Le jeter serait un sacrilège culinaire. La tradition veut qu’on termine le repas par un shime, une clôture qui scelle le repas et rassasie en profondeur.

Pour le shabu shabu, le shime par excellence est le zōsui. Il s’agit d’un porridge de riz cuit dans le bouillon restant, lié par un œuf battu et parfumé à la ciboule. Le rinçage du riz est ici le geste clé. Sans lui, l’amidon relâché par le riz chaud trouble le bouillon et transforme la soupe en une bouillie opaque et lourde.

Rincez le riz cuit et refroidi sous un filet d’eau froide jusqu’à ce que l’eau soit parfaitement claire, égouttez, puis plongez-le dans le nabe pour trois minutes. Cassez un œuf, couvrez, éteignez le feu. Deux minutes plus tard, vous avez un porridge soyeux, légèrement doré, d’un réconfort absolu. J’ai détaillé chaque étape de ce rituel dans le zōsui, cette soupe de riz qui clôt le repas.

 

Le Zōsui (雑炊) est une soupe de riz japonaise traditionnelle, réconfortante et légère, préparée à base de riz précuit mijoté dans un bouillon dashi assaisonné.
Le Zōsui (雑炊) est une soupe de riz japonaise traditionnelle, réconfortante et légère, préparée à base de riz précuit mijoté dans un bouillon dashi assaisonné.

 

Le choix du riz compte. Un riz rond japonica, cuit selon la méthode traditionnelle de cuisson du riz rond, donne un zōsui crémeux sans être collant. Certains préfèrent l’udon comme shime. Deux portions de nouilles udon fraîches, plongées trois minutes dans le bouillon, avec un trait de sauce soja, offrent une alternative plus mâchée et très populaire auprès des enfants. Les deux options sont légitimes. Le zōsui reste le plus traditionnel et le plus digeste, l’udon le plus rassasiant.

 

Du porc au fugu, chaque saison a son shabu

Le shabu shabu d’hiver, avec son bœuf persillé et ses légumes racines, est la version canonique. Mais le format se prête aux déclinaisons, et c’est ce qui en fait un pilier de la cuisine japonaise plutôt qu’une recette figée dans le marbre.

Le rei-shabu d’été

En été, le rei-shabu remplace le bouillon chaud par un bain de glaçons. La viande est cuite à l’eau, puis immédiatement saisie par le froid pour stopper la cuisson et raffermir les fibres. Servie avec du ponzu bien frais, du concombre râpé et de la ciboule, c’est une entrée légère et désaltérante que j’ai développée dans la salade rei-shabu. La texture de la viande, raffermie par le choc thermique, est surprenante et parfaitement adaptée aux soirées humides d’août.

 

Rei Shabu Sarada - Salade de Porc Froid Japonaise (hero)
Rei Shabu Sarada – Salade de Porc Froid Japonaise (hero)

 

Les protéines régionales

Le porc, ou buta-shabu, domine dans plusieurs régions du sud, notamment à Kagoshima avec le porc Berkshire, le fameux kurobuta. Sa graisse fond à plus basse température que celle du bœuf, ce qui donne une texture plus fondante et plus douce en cinq secondes d’immersion. C’est une alternative excellente et souvent plus économique pour les repas de semaine.

En automne, les champignons prennent le devant de la scène. Le bouillon kombu peut s’enrichir d’un morceau supplémentaire pour soutenir les saveurs terreuses des cèpes et des shiitake sauvages. En hiver profond, le chou napa devient omniprésent, et certains ajoutent des tranches fines de mochi qui gonflent dans le bouillon, créant des bouchées fondantes et glutineuses très appréciées.

Le canard, ou kamo-shabu, apparaît dans certaines maisons plus formelles, souvent accompagné de poireaux grillés au préalable pour caraméliser leurs sucs. Le fugu, ou tecchiri, reste l’apanage des restaurants spécialisés d’Osaka et de Tokyo, où chaque tranche de poisson-globe est découpée avec une précision chirurgicale et servie presque transparente. Chaque protéine impose son épaisseur de tranche et son temps de cuisson : le canard demande quatre secondes, le porc cinq, le bœuf trois.

 

Partager le pot sans fausse note

Le shabu shabu se sert avec du riz blanc japonica cuit vapeur. Pas de riz frit. Le riz doit être neutre, légèrement collant, pour absorber la sauce ponzu qui goutte inévitablement de la viande. Un gomaae aux épinards ou un bol de hiyayakko peuvent compléter le début de repas, mais le cœur de la soirée reste le nabe.

 

Gomaae - salade japonaise d'épinards et sa vinaigrette au sésame
Gomaae – salade japonaise d’épinards et sa vinaigrette au sésame

 

Le service est interactif et obéit à des règles de savoir-vivre implicites. Le nabe trône au centre de la table sur un réchaud, et chacun cuit sa propre portion. Cependant, il est d’usage de cuisiner pour ses voisins, surtout pour les aînés ou les invités. Prévoyez toujours deux paires de baguettes par convive, ou au moins une paire de baguettes de service (tori-bashi) communes. Utiliser ses propres baguettes, qui ont été en bouche, pour fouiller dans le bouillon commun est considéré comme une maladresse hygiénique majeure. C’est un détail que les restaurants japonais respectent scrupuleusement et qui, à la maison, évite les contaminations croisées tout en montrant du respect à ses convives.

Partager un shabu shabu, c’est accepter de ralentir. On ne peut pas se resservir tant que la viande n’est pas cuite, on doit surveiller le bouillon, écumer, ajouter de l’eau si le niveau baisse trop. Ce rythme imposé par la cuisson à table force la conversation, oblige à s’occuper des autres, et transforme un simple repas en un véritable moment de communion hivernale. C’est peut-être là, dans cette lenteur partagée, que réside le véritable secret de la fondue japonaise. Et vous, quel est votre shime préféré pour clore un shabu shabu ?

 

Hiyayakko - la recette authentique du tofu froid japonais
Hiyayakko – la recette authentique du tofu froid japonais

 

FAQ – Recette shabu shabu maison : les réponses essentielles

Quelle viande choisir pour une recette shabu shabu maison réussie ? Un bœuf persillé, type entrecôte ou faux-filet, tranché à 1,5 mm. Le wagyu A4-A5 est idéal mais coûteux ; un bon charolais ou une côte de bœuf bien persillée fonctionnent très bien. Pour le porc, privilégiez l’échine ou la poitrine, légèrement plus grasse que le filet qui sèche en cinq secondes. Demandez à votre boucher une tranche « shabu shabu-yō » ou « très fine pour fondue ».

Peut-on préparer le bouillon du shabu shabu à l’avance ? Oui. Le bouillon kombu se prépare la veille et se conserve au réfrigérateur. Retirez le kombu après 20 minutes d’infusion à froid pour éviter les mucilages. Le jour J, réchauffez doucement jusqu’au frémissement sans jamais faire bouillir à gros bouillons.

Quelle est la différence entre shabu shabu et sukiyaki ? Le sukiyaki cuit la viande dans une sauce sucrée-salée, souvent directement dans la poêle avec des légumes. Le shabu shabu utilise un bouillon neutre, sans assaisonnement de cuisson, et la viande est trempée dans la sauce après cuisson. J’ai détaillé les deux approches, notamment la cuisson Kansai au zarame, pour bien comprendre ces deux piliers de l’hiver.

Que faire avec le reste de bouillon en fin de repas ? Le zōsui (riz rincé + œuf) est la réponse classique. Si vous n’avez plus faim, congelez le bouillon : il fera une base excellente pour une soupe de nouilles le lendemain, ou pour un bol de nouilles relevé au miso.

Le shabu shabu est-il compatible avec un régime sans gluten ? La viande et le bouillon kombu sont naturally sans gluten. Le problème vient des sauces : le ponzu classique contient du shōyu (sauce soja au blé). Utilisez un tamari certifié sans gluten à la place, et vérifiez que votre goma-dare ne contient pas de sauce soja conventionnelle.

Pourquoi mon bouillon devient-il trouble pendant la cuisson ? Deux causes possibles : le kombu est resté trop longtemps (au-delà de 30 minutes d’infusion ou après ébullition), ou vous cuisez la viande à trop forte ébullition, ce qui libère les protéines coagulées. Maintenez un frémissement doux et écumez régulièrement.

Pour explorer les recettes de saison et apprendre à composer vos repas d’hiver, découvrez mon livre Aki Fuyu.

livre de recettes japonaises - AKI FUYU
livre de recettes japonaises – AKI FUYU

 

Le shabu-shabu est une fondue japonaise conviviale et légère composée de très fines lamelles de viande et de légumes cuites à la demande dans un bouillon chaud.

Shabu Shabu - Fondue Japonaise au Bœuf et Légumes

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La fondue japonaise la plus épurée : un bouillon kombu, des tranches de bœuf d'une finesse extrême, deux sauces pour accompagner, et un zōsui pour clôturer. Un rituel d'hiver à partager autour de la table.
Temps de préparation 20 minutes
Temps de cuisson 15 minutes
Temps total 50 minutes
Type de plat Plat principal
Cuisine Japonaise
Portions 4 personnes
Calories 380 kcal

Equipment

  • 1 Nabe en terre cuite (donabe) ou marmite à fond épais
  • 1 Réchaud de table (à gaz ou électrique)
  • 1 Mandoline ou couteau très bien affûté Si découpe maison
  • 1 Petite écumoire
  • 1 Baguettes de cuisson et de table

Ingrédients
  

  • 1,5 l d'eau
  • 15 g de kombu séché environ 2 morceaux de 10 cm x 7 cm
  • 500 g de bœuf tranché à 1,5 mm (entrecôte, faux-filet ou wagyu) étiqueté shabu-shabu-yō
  • 200 g de porc tranché à 1,5 mm (échine ou poitrine) optionnel
  • 300 g de chou napa coupé en tronçons de 5 cm
  • 150 g de carotte en rondelles de 3 mm
  • 150 g de daikon en demi-rondelles de 4 mm
  • 200 g de tofu soyeux (kinugoshi-dōfu) en cubes de 3 cm
  • 100 g de shungiku (ou épinards) en tronçons de 4 cm
  • 100 g d'enoki base coupée
  • 80 g de shiitake frais pied retiré
  • 2 poireaux en biseaux de 1 cm
  • 150 ml de ponzu maison ou du commerce
  • 100 ml de goma-dare (sauce sésame)
  • 80 g de daikon râpé pour le momiji oroshi
  • 1 pincée de piment rouge en flocons pour le momiji oroshi
  • 200 g de riz cuit japonais refroidi et rincé
  • 2 œufs
  • 2 c. à soupe de ciboule ciselée
  • 1 c. à café de sauce soja légère

Instructions
 

  • Placez le kombu dans le nabe avec 1,5 l d'eau froide. Laissez reposer 20 minutes à feu éteint pour amorcer l'infusion.
  • Allumez à feu doux. Retirez le kombu dès que de petites bulles de 2-3 mm apparaissent au fond (environ 60 °C). Ne laissez jamais bouillir avec l'algue.
  • Disposez les légumes par assiettes : légumes denses (carotte, daikon, chou napa) d'un côté, feuilles (shungiku, poireau) et tofu de l'autre. Présentez la viande sur assiettes plates, tranches étalées sans se chevaucher.
  • Portez le bouillon à frémissement doux (petites bulles, pas d'ébullition violente). Placez les légumes denses et le tofu sur le bord du nabe.
  • Pour chaque tranche de viande : dépliez-la avec les baguettes, immergez-la dans le centre du bouillon et agitez doucement de gauche à droite. Bœuf : 3 secondes. Porc : 5 secondes. Retirez dès que la couleur a changé à 80 %.
  • Écumez la surface du bouillon entre chaque série de tranches (aku wo toru).
  • Trempez la viande dans le ponzu ou la goma-dare, accompagnez de riz blanc et, si souhaité, d'une pointe de momiji oroshi (daikon râpé mélangé au piment).
  • Ajoutez les feuilles vertes et les champignons dans les dernières minutes de cuisson.
  • Pour le zōsui : rincez le riz froid sous l'eau jusqu'à ce que l'eau soit claire. Ajoutez-le au bouillon restant, cassez les œufs, couvrez, éteignez le feu. Attendez 2 minutes. Parsemez de ciboule et d'un trait de sauce soja.

Notes

- Si vous tranchez la viande vous-même, congelez-la 30 minutes avant la découpe pour obtenir des tranches régulières à 1,5 mm.
- Le bouillon kombu peut se préparer la veille. Retirez le kombu après 20 minutes d'infusion à froid pour éviter les mucilages.
- Pour un shabu-shabu au porc seul (buta-shabu), augmentez la portion de porc à 600 g et supprimez le bœuf.
- Le momiji oroshi se prépare au dernier moment pour garder son piquant et sa fraîcheur.
- En été, tentez le rei-shabu : cuisez la viande, plongez-la dans un bain de glaçons, servez avec du ponzu bien frais.
- Évitez l'ébullition à gros bouillons pendant toute la cuisson : les tranches fines durcissent et le bouillon se trouble.
- Le yuzu kosho ou une pointe de shichimi togarashi peuvent remplacer le piment du momiji oroshi pour une touche plus parfumée.
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